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Mieux comprendre les conditions de soutenabilité des mandats de représentation des élus syndicaux : analyses critiques (Québec-Belgique-France) dans les secteurs de l'éducation et de la métallurgie

Description du projet

Cette recherche vise à apporter des connaissances inédites quant à la soutenabilité des mandats de représentation syndicale et à la santé des élus syndicaux, selon les termes d'un devis comparatif de type multi-niveaux, au Québec, en Belgique (Fédération Wallonie-Bruxelles) et en France. Elle s'inscrit dans la lignée des travaux portant sur la santé au travail, l'engagement syndical, la santé des élus politiques, la souffrance au travail dans les mondes associatifs, l'engagement militant et à la prise en charge des atteintes à la santé mentale par les syndicats. Si la santé au travail s'est imposée comme un enjeu sociétal majeur, la question des conditions de soutenabilité des mandats de représentation fait partie des zones non explorées des recherches portant sur le syndicalisme.

Sur le plan conceptuel, cette soutenabilité peut se mesurer par le concept de pénibilité du travail et au travail. La pénibilité du travail est objectivable. Elle suggère une usure du corps et de l'esprit en lien avec les facteurs organisationnels suivants : le contenu du travail, l'organisation du travail, la gestion des ressources humaines ; la qualité des relations sociales et l'environnement physique du travailleur. De son côté, la pénibilité au travail réfère aux contraintes subjectivement mal vécues. Au global, notre objectif principal cherche donc à comprendre les conditions de soutenabilité des mandats de représentation syndicale chez les élus syndicaux.

Notre devis s'appuie sur une articulation de trois niveaux d'analyse - en synergie avec le modèle de production de la santé et de la sécurité au travail. Nous cultivons incidemment les trois sous-objectifs suivants :

  1. Analyser comment les contextes (sociaux, juridiques et historiques) et les cultures syndicales influencent les conditions de soutenabilité de la représentation dans deux secteurs d'activités distincts (métallurgie/éducation ; secteurs privé/public) et trois régions différentes (niveau macro);
  2. Examiner comment les syndicats étudiés soutiennent (ou non) cette soutenabilité à travers la prise en charge les problèmes de santé mentale affectant leurs élus (niveau méso) ;
  3. Comprendre comment les élus vivent (perceptions, expériences et vécu personnel) les impacts psychosociaux de leur mandat (en tant qu'indicateur de soutenabilité) (niveau micro).

Pour ce qui est du devis de recherche, cette recherche soutient que les conditions de soutenabilité des mandats syndicaux et la santé mentale des élus sont susceptibles de varier selon le secteur d'activités, le métier de la main-d'oeuvre représentée et le niveau où représentants exercent leur mandat (local, fédératif ou confédéral). L'éducation au niveau primaire (secteur public, domaine très féminisé) et la métallurgie (secteur privé, domaine plutôt masculin), tous deux marqués par une présence et une culture syndicales fortes et des traditions contrastées, sont ciblés par ce projet. La méthode d'analyse privilégiée sera celle de la comparaison intra-site et inter-sites. Celle-ci se réalisera grâce à une approche qualitative approfondie, de type hypothético-inductif, bien adaptée à l'aspect situé de notre recherche. L'enquête de terrain sera structurée selon la méthode de la comparaison intra-cas (par secteur d'activité et par région) et inter-cas. Au total, 72 entretiens individuels (n=24/région) et 6 groupes (n=2/région) de discussions sont envisagés. Ces données feront l'objet d'une triangulation avec toutes informations pertinentes.

À terme, nous souhaitons que les résultats se dégageant de ces travaux puissent faire émerger des efforts de conceptualisation et des stratégies de prévention reconnus dans le domaine de la santé au travail et influer les choix des décideurs politiques à ce même chapitre.

* Ce projet, financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), sera réalisé en collaboration avec des chercheur.e.s du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), de l'Université de Mons et de l'Université libre de Bruxelles.

 

Équipe de recherche

Mélanie Dufour-Poirier, responsable du projet
Professeure à l'Université de Montréal
Jean-Paul Dautel
Professeur à l'Université du Québec en Outaouais
Simon Viviers
Professeur à l'Université Laval